Ce texte est une descente.
Une dérive entre la Pangée et maintenant.
Entre la glace, la forêt, la rivière et le corps vivant.
Il est raconté depuis l’arrière d’un raft,
par un guide,
invité sur la Terre,
témoin minuscule d’une histoire immense.
Ici, il n’y a pas de morale.
Pas de leçon.
Seulement le présent gravé,
les éléments,
et l’humilité d’être là.
R A F T — P U N K
Je suis assis à l’arrière droite du raft.
Un très gros raft.
Douze pagayeurs devant moi.
La rivière parle fort.
Je guide.
Je raconte.
Je me tais aussi parfois.
Sous le raft, l’eau roule une histoire ancienne.
Très ancienne.
Avant nous.
Avant les routes.
Avant les villes amalgamées.
Avant le pétrole, les satellites, la dynamite.
Au début, il y avait la Pangée.
Un seul continent.
Du minéral.
De l’astral.
Du puissant.
Puis la séparation.
Eurasie au nord.
Gondwana au sud.
Deux mégas continents dérivant sur une planète océane.
Des forces lentes.
Inarrêtables.
Les glaciations arrivent.
Longtemps.
Très longtemps.
Cent mille ans de glace.
La glace descend jusqu’à la Méditerranée.
Tout est blanc.
Tout est froid.
Nice n’existe pas.
Personne n’existe comme aujourd’hui.
Les glaciers sculptent.
Ils rabotent.
Ils dessinent les vallées, les moraines, les rivières sous-glaciaires.
La Durance.
Les Pyrénées.
Les Alpes.
Le pic du Midi d’Ossau garde la mémoire du feu.
Volcan ancien.
Montagne vivante.
Puis la glace se retire.
Le réchauffement interglaciaire.
La forêt revient.
Immense.
Profonde.
La hêtraie.
La canopée.
Le Pays basque dans une morne obscurité verte.
Après la dernière glaciation,
viennent les tertres, les tumulus.
Geste humain récent
sur une terre très vieille.
La vie telle qu’on la connaît
a trois cents ans à peine dans ces vallées.
Avant, ce n’était pas la même vie.
Avant, c’était les éléments.
Je suis sur la rivière.
Invité.
Avec ma pagaie.
Avec mes clients.
Je raconte tout ça.
La Pangée.
Gondwana.
La glace.
Les rivières.
Le temps.
Elle est tout pour moi.
Je suis tout pour elle.
Aux vents, les illusions.
Elle est tout pour moi.
Parti dans le froid négatif.
En short de bain.
Un homme court
dans quarante centimètres de fraîche.
Blanche.
Immaculée.
Il court comme ivre.
Soudain il jubile.
Rouge comme un saumon.
Nu dans le froid.
Seul avec les montagnes.
Loin le temps de l’estive,
des fleurs,
des eaux qui coulent.
C’est l’hiver.
Le froid.
Moment exaltant.
À genoux.
Blanc de neige.
Rouge comme un saumon.
Il éclate de rire.
Il pense à ses amis alpinistes.
Nez blanc de poudre.
Join au bec.
Dans le prana puissant de la Tummo,
il parle seul.
Le corps s’adapte.
La machine humaine chauffe.
Naturellement.
Il comprend ce qu’il a bravé.
Les éléments.
L’humilité.
Tout petit
face à cette nature sauvage.
Montagnes en hiver.
Températures négatives.
Différence.
Avec ceux qui montent chargés :
herbe, cocaïne, alcool, cigarette.
Nouvelle génération.
Parler de générations, c’est faire des généralités.
Bref.
Vive l’élan de nos vies humbles.
Liées aux éléments.
Humilité.
Adaptation.
Je reviens sur le raft.
La rivière continue.
Le présent est là.
Gravé.
Nous sommes terriens.
Invités.
Fruit de cette terre immense.
Nous nous nourrissons d’elle.
Elle est notre vie.
— RAFT — PUNK
— le guide
— YoG
ALPA DU KOSMOS