Le premier cercle


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Article N°29170

Le premier cercle

« Entre désintérêt et engagement, la France observe, vit, s’adapte. »

La plupart des gens, quelque part, n’ont rien à faire du monde qui les entoure. C’est un cercle qui est trop éloigné de leur propre cercle.
À l’inverse, il existe des personnes qui, elles, sont tellement tournées vers le monde extérieur qu’elles en oublient leur propre cercle. Elles vivent dans une forme de mission permanente. Elles se voient sauver la Terre, sauver les humains, venir à la rescousse, démonter la corruption, redonner de la couleur au monde. Elles sont prises dans cette idée de devoir réparer les choses. Et parfois, à force de vouloir sauver le monde, elles s’oublient elles-mêmes.
Mais là n’est pas le sujet.
Le sujet est né ce matin, lors d’une discussion avec quelqu’un. Je lui expliquais que j’écrivais en ce moment des textes sur la politique. Mais pas des textes partisans. Pas des textes pour dire « eux sont les méchants » et « nous faisons bien ». Non. Plutôt des constats simples. Des constats de citoyen.
Elle m’a regardé et m’a dit :
« Mon Dieu, mais quelle passion ! Quelle passion ! »
Puis elle m’a demandé :
« Mais combien de temps passes-tu à écrire ces textes ? Et à quoi cela sert-il d’écrire tout cela ? »
Quelque part, elle n’a pas tort.
Car il faut bien reconnaître qu’il existe aujourd’hui un désintérêt profond pour la politique. L’abstention est énorme. Dans certains endroits, elle peut atteindre jusqu’à 60 %. Soixante pour cent. Cela signifie qu’une majorité de personnes ne se déplace même plus pour voter.
Que ce soit pour les municipales, les européennes ou les présidentielles, une grande partie de la population ne vote plus.
Pourquoi ?
Parce que beaucoup ont le sentiment que leur voix ne compte pas réellement. Que leur vote ne change rien. Que même lorsqu’un peuple exprime un refus, les décisions se prennent ailleurs et autrement.
Alors les gens se détournent.
Ils roulent leur bosse. Ils vivent leur vie quotidienne. Ils courent du travail à la maison, de la maison au travail, de l’école des enfants au travail, de l’école des enfants à la maison, du supermarché à la maison. Et ainsi de suite.
Un cercle sans fin.
Tout cela pour, chaque mois, un salaire brut qui devient net, puis un net qui se voit encore réduit par les charges de la vie.
Alors, dans ce pays qu’est la France — je parle bien de la France, pas du monde entier — il faut peut-être revenir à la base.
Car si j’ai commencé ce cycle d’écriture, c’est justement en partant de cette base.
Autrefois, ce territoire était une forêt immense. Nos ancêtres vivaient dans cette forêt. Ils vivaient dans des terroirs, dans des régions, dans des langues différentes.
Aujourd’hui, cette forêt est loin. Nos ancêtres ont disparu. Et le monde qui s’est construit semble parfois vaciller.
Alors deux attitudes sont possibles : regarder l’effondrement sans bouger, comme un chat mort sur la route, ou commencer à faire quelque chose, ici et là.
Car une chose est certaine : il existe énormément de bonnes personnes dans ce pays, quelles qu’elles soient et d’où qu’elles viennent.
Pourtant, la loupe est constamment posée sur ce qui va mal. Sur ce qui saigne. Certains parlent du diable, d’autres parlent de conspirations terribles. Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse.
Ce qui m’intéresse, c’est la réalité.
Et la réalité, c’est que la France n’est pas Paris.
Paris est le centre du pouvoir, le centre de l’État, le lieu où se sont installés les dirigeants et les puissances financières. Mais la France, ce sont ses territoires, ses villages, ses villes, ses cultures.
Pendant longtemps, on ne parlait même pas français dans tout le pays. Le français était surtout la langue de Paris. Dans les Pyrénées, on parlait basque. En Occitanie, on parlait occitan. Dans bien d’autres régions, on parlait les langues du terroir.
Puis la modernisation est arrivée. Les routes, les autoroutes, l’industrie, les circuits économiques. Le pays s’est ouvert. Et peu à peu, l’argent est devenu le nouveau roi, le nouveau dieu devant lequel beaucoup finissent par s’incliner.
À partir de là, beaucoup ont fini par ne plus regarder que leur propre réussite : la voiture, la montre, les signes visibles d’une réussite dans cette société.
Alors que l’essentiel est ailleurs.
L’essentiel est dans ce que l’on met dans son antre. Dans ce qui en sort. Dans la manière dont on dort. Dans la façon dont on prend soin de sa famille, de ses amis et du monde dans lequel on vit.
Le premier cercle, c’est le corps.
Le premier cercle, c’est l’âme.
Le premier cercle, c’est l’esprit.
Tout le reste nous dépasse.
Et pourtant, si tous autant que nous sommes nous retrouvions des lieux pour parler, pour échanger, pour partager du temps — un peu comme autrefois lors des veillées où l’on racontait des histoires — alors peut-être que quelque chose pourrait renaître.
Car malgré la télévision, malgré Internet, malgré les écrans, une chose reste certaine : le lien humain n’est pas rompu.
Il suffit d’observer les gens.
À l’abribus, par exemple. Des personnes qui attendent, le nez plongé dans leur téléphone, les regards fuyants, parfois avec une inquiétude dans les yeux. Des personnes qui, quelque part, n’ont pas le sentiment de pouvoir changer quoi que ce soit.
Pendant ce temps-là, les extrêmes occupent la scène.
On peut imaginer une manifestation en France. Comme souvent. Les drapeaux rouges, parfois jaunes, les slogans criés très fort dans les rues. Les insultes lancées contre les gouvernants, contre le système, contre l’extrême opposée.
Puis la manifestation se termine. La police se retire. Les gaz lacrymogènes disparaissent.
Et l’on retrouve ces mêmes militants en terrasse, avec leurs cigarettes à rouler, leur bière parfois mélangée au Picon, discutant de politique de terrasse, des discours qui tournent souvent en rond.
De l’autre côté, l’autre extrême se retrouve aussi, mais ailleurs. Dans d’autres bars, dans d’autres lieux, avec une ambiance plus guindée, plus rigide.
Deux mondes opposés.
Et comme le dit la philosophie : les opposés s’attirent.
C’est ainsi que la guéguerre continue.
Mais pendant que ces oppositions occupent le devant de la scène, il existe une réalité beaucoup plus silencieuse.
Celle du travail.
Dans les usines, dans les ateliers, dans les restaurants, dans les entreprises, des millions de personnes travaillent. Elles se lèvent tôt, accomplissent leur journée, paient leurs factures.
Souvent, ce sont ces mêmes personnes qui se désintéressent de ces affrontements politiques. Non pas parce qu’elles sont indifférentes, mais parce qu’elles ont une vie à mener.
Alors ces extrêmes, si visibles dans les rues et dans les médias, ne sont peut-être en réalité que des minorités très bruyantes.
Pendant que certains regardent leurs écrans à l’abribus ou débattent en terrasse, cigarette à la main, les travailleurs avancent.
Ils s’adaptent.
Si les dépenses augmentent, on réduit les trajets. On part moins en vacances. Parfois on n’en part plus.
Ils savent faire le dos rond.
Parce qu’ils ont l’habitude que le monde ne tourne pas toujours rond.
Et malgré tout, ils continuent.


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