Un mégot jeté au sol,
et la mer qui trinque.
Bon, de bon matin, écrire, trouver un sujet, ce n’est pas facile. Surtout qu’au réveil, le sujet que j’avais, c’était ma dulcinée. Celle qui me fait rêver en ce moment. Ça arrive. En même temps, ça faisait longtemps que je n’avais pas rêvé, en tout cas pas dans les bras d’une dulcinée. C’est comme ça qu’on dit quand on a une bien-aimée qui nous fait transpirer, si vous voyez ce que je veux dire.
Voilà. J’aime. Après, c’est très personnel. Je ne sais pas si je le publierai. Mais bon.
En tout cas, j’ai cherché mon sujet. Et je pense que je l’ai trouvé.
Parce que ça fait quelques jours que je m’engâte. Je m’engâte quand je vois quelqu’un qui a une cigarette à la main. Alors mon amie me dit que j’ai un souci et que je ne peux pas m’énerver contre le monde des gens. Les gens sont libres, ils font ce qu’ils veulent. Et que si j’ai un problème avec les gens qui ont une cigarette à la main, ce n’est pas eux le problème, c’est moi.
Et je pense qu’elle a fondamentalement raison.
C’est moi qui ai un problème avec la cigarette. Ce ne sont pas les gens qui fument qui ont un problème avec la cigarette. Parce que les gens qui fument, eux, bon, ils ont décidé, ils acceptent.
Et puis surtout, j’ai fumé. Je sais ce que c’est.
Je suis ce qu’on appelle un abstinent alcoolique. Et je n’étais pas un fumeur de cigarette pour la cigarette : je fumais des cigarettes en buvant de l’alcool. Maintenant que je ne bois plus, parce que je suis abstinent alcoolique, je ne fume pas.
Voilà.
Mais depuis quelques jours, je suis malade. Je suis un peu pris au niveau des bronches alors que je n’ai pas fumé et rien. Ça ne m’empêche pas de vivre : je peux courir, je peux plonger du rocher, je peux faire du surf skate, du roller. Je peux pratiquer ma vie.
Mais j’ai comme un effet barbecue — moi j’appelle ça l’effet barbecue — sur le haut de mes poumons. Et du coup ça m’embarrasse, ça m’enquiquine. Je me sens… je me sens sali.
Et quand je vois des gens avec la cigarette, ça m’irrite.
Alors le problème, ce ne sont pas les gens avec la cigarette. C’est moi.
C’est moi qui peste quand je vois un mégot par terre.
Comme quand je suis dans les calanques, du côté de Cassis, à la presqu’île, et que je tombe sur le nettoyeur des calanques qui me montre combien de mégots il a ramassés. Et là je lui dis : c’est vrai qu’il y a quand même un problème.
Je sais que 100 % des fumeurs ne jettent pas leurs cigarettes partout. Mais depuis hier, j’en ai vu quelques-uns la jeter. Et je n’ai pas pu m’empêcher de pester, de crier, de dire :
« Oh ! C’est comme ça que tu fais ? Tu jettes ta cigarette au sol ? »
Juste à côté il y a une plaque d’égout où il est écrit :
« Ici commence la mer. »
Quand même.
J’ai même fait un texte là-dessus pour le Nouvel An astral : le mégot, le pingouin et la mer.
Parce que oui, la mer commence là. Là où tu poses ton pied.
Apparemment aussi, il y a une période de grand stress. Une période qui pousserait peut-être les gens à fumer davantage, malgré la taxe imposée par le vendeur de tabac qu’est l’État. 80 % de taxes sur un paquet, c’est énorme quand même. C’est énorme.
Donc voilà mon petit coup de gueule du matin.
Le sujet, c’est le tabac.
Le tabac… tabou… on en viendra tous à bout. Rappelez-vous, c’était un sketch.
Et pourtant, on a tous dans notre environnement, dans notre famille, quelqu’un qui fume depuis les années 70. Parfois même depuis les années 60 pour certains. Et qui est toujours vivant ou vivante.
On a tous un oncle, une tante, un frère, une sœur, quelqu’un qu’on a toujours vu fumer depuis des dizaines d’années… et qui n’est toujours pas mort.
Donc si ça tue, ça tue à petit feu.
Moi j’en connais : ça fait 50 ans qu’ils fument, 60 ans qu’ils fument, et ils sont toujours là. Certes, leur santé n’est pas celle des sportifs qui courent les calanques tous les jours. Mais bon… tout est relatif.
En tout cas, je sais une chose : la clope, moi, ça m’a rendu fou.
Il y a un truc avec ça.
Et je ne savais pas comment écrire là-dessus.
Alors je vais le dire simplement : si tu fumes et que tu jettes ta cigarette n’importe où, rappelle-toi que ce n’est pas fait pour ça.
Quand tu jettes une clope, ça ne va pas faire pousser un arbre à clopes. Tu ne récolteras pas des cigarettes au printemps prochain.
Et puis une autre chose me traverse l’esprit.
On a fermé les herboristeries pour ouvrir des pharmacies. On a mis de la chimie là où il y avait du naturel. Tout se faisait autrefois à base de plantes médicinales.
Dans la pharmacopée des plantes, dans l’herboristerie, si j’ai bon souvenir, il existe entre cinquante et cent plantes différentes qui peuvent se fumer. Il n’y a pas que le tabac.
On peut fumer de l’armoise, de la sauge, du framboisier, du cassissier… et bien d’autres encore.
Je n’en cite que quelques-unes, mais il y en a beaucoup.
Et puis il y a une autre image qui me frappe souvent.
Je vois parfois des rebelles du monde — moi je les appelle les Che Guevaristes — avec la clope à la main. Et là, ça me sidère.
Parce que quand tu te dis révolutionnaire, quand tu combats le système, et que tu tiens dans ta main du tabac acheté au tabac avec 80 % de taxe pour l’État… viens pas me raconter que tu es un rebelle.
Ça, c’est un rebelle que tu mets à la poubelle.
Et pourtant on en est farci de ces phénomènes. Les mecs font la révolution et puis vont acheter leurs clopes au tabac.
Je les vois aussi en manifestation. Ils crient, ils scandent, ils se battent face aux CRS, ils respirent le gaz lacrymogène, ils mettent du citron dans les yeux, du sérum physiologique dans les yeux.
Et puis une fois la manifestation finie — parce qu’on n’est pas vraiment un pays en guerre — tu les vois assis à la terrasse d’un café… avec leurs clopes du système.
Alors rappelez-vous simplement de ça :
La mer commence ici.
Chaque mégot que tu jettes pollue.
C’est comme chaque fois que tu jettes un bouchon, une bouteille plastique, un tampon ou une serviette hygiénique.
Au moment où je vous parle, je suis garé à la presqu’île à Cassis. Et juste à côté de moi, il y a deux mégots de cigarette abandonnés.
Dans un mégot, il y a des produits chimiques. Il y a aussi du plastique. Et ce n’est pas bon pour la terre.
Alors on devrait vraiment se poser la question :
qui sont les animaux sur Terre ?
Parce que ce matin, j’ai filmé des canards et des pigeons. Et je me suis dit : eux, ils sont chez eux.
Mais nous ?
Est-ce qu’on est vraiment chez nous ?
Sur ce, j’arrête ma pérégrination verbale et didactique du matin. Ce n’est pas le premier texte, et ce ne sera sûrement pas le dernier.
Bonne continuation. Prenez soin de vous.
Et si vous fumez…
ne jetez pas vos mégots.
KoSmOs 😃
ALPA DU KOSMOS