Entre lumière et mémoire,
la voix simple d’un enfant du Sud.
L’enfant du Sud
Je me parle à moi-même,
comme on parle en marchant,
le long d’un chemin de poussière
ou d’un quai face à la mer.
Je suis l’enfant du Sud.
Entre deux mondes je marche,
je le sais.
J’ai vu partir les anciens,
les derniers poilus,
ceux qui avaient connu 14-18,
les derniers vieux droits dans leur silence,
ceux qui portaient encore en eux
la mémoire d’un siècle rude
et d’une terre qui ne mentait pas.
Et l’on disait souvent
que lorsque le dernier poilu partirait,
ce serait la fin d’une époque.
J’ai vu des fermes pleines de vie,
des basses-cours qui respiraient,
des poules qui passaient la porte,
des canards dans la cour,
des chats qui naissaient sous les granges,
des chiens qui savaient garder la nuit.
Chez la tante de ma mère,
à Moissac,
dans le Tarn-et-Garonne,
la basse-cour entrait jusque dans la cuisine.
Il y avait tout :
les vignes,
les arbres fruitiers,
les cochons,
les vaches,
le taureau.
Et cette sensation simple
que la terre et l’homme
marchaient encore ensemble.
Puis les années ont glissé.
Les fils sont devenus câbles,
les routes sont devenues écrans,
le monde s’est serré
dans des machines et des contrôles.
Et moi
je suis resté entre deux rives.
Toulousain de naissance,
marcheur de montagnes,
homme des vallées et des rivières.
J’ai vécu au Pays basque,
dans les Pyrénées,
dans les Hautes-Alpes,
au-dessus du lac de Serre-Ponçon.
En bord de Durance,
sous la yourte et les nuits étoilées,
j’y ai vécu les meilleurs moments.
Et la rivière,
je l’ai descendue mille fois.
En rafting,
en hydrospeed,
en kayak.
La Durance qui court,
qui frappe les rochers,
qui emporte les peurs
et les rires des clients.
La rivière,
elle t’apprend une chose :
respirer,
regarder,
sentir la vague arriver
et laisser passer la vie.
Alors je me regarde
et je me reconnais.
J’ai l’accent du Sud-Ouest
qui ne m’a jamais quitté.
Un accent de soleil,
de marchés,
de terrasses,
de voix qui parlent fort
et qui rient vite.
De San Sebastián
à Ventimiglia,
c’est chez moi.
Une ligne de mer,
de montagnes,
de villages accrochés aux collines.
Une lumière qui traverse tout.
Et parfois je me dis
que la vie n’est peut-être que cela :
marcher entre deux époques,
porter un peu de l’ancienne,
traverser la nouvelle,
et garder en soi
le souffle simple
de l’enfant du Sud.
KoSmOs 😃
ALPA DU KOSMOS