L'ARNAQUE


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Article N°29498

L'ARNAQUE

On nous divise, on nous oppose,
Pendant qu’en haut, le système compose.
On croit choisir, on croit comprendre,
Mais qui tient la caméra ? Qui écrit pour nous le scénario à défendre ?

L'ARNAQUE
Imaginez un film.
Un film de science-fiction.
Ou peut-être un film de fiction-réalité.
Le genre de film où, au bout d'un moment, tu ne sais plus très bien si ce que tu regardes est inventé… ou si c'est simplement la réalité.
Dans ce film, on retrouve toujours les mêmes histoires.
Les mêmes colères.
Les mêmes manifestations.
Les mêmes affrontements.
Les mêmes discours.
Les mêmes camps.
Les mêmes images qui tournent en boucle.
Des jeunes dans la rue.
Des policiers en face.
Des fumigènes.
Des cris.
Des barricades.
Des voitures qui brûlent.
Des vitrines cassées.
Et toujours quelqu'un pour expliquer aux autres qui sont les gentils et qui sont les méchants.
Bienvenue dans L'Arnaque.
Le scénario est tellement bien écrit qu'on pourrait presque croire qu'il est improvisé.
Et le plus extraordinaire, c'est que tout le monde connaît déjà la fin.
 
 
Aujourd'hui, on regarde des lycéens manifester.
Certains protestent.
D'autres cassent.
Certains mettent le feu à leur établissement.
Et lorsqu'on regarde certaines images, on retrouve parfois cette ambiance de meute, ces cris, ces « ouh, ouh, ouh », qui font penser à certains comportements de supporters de football.
Comment un gamin de quinze ou seize ans en arrive-t-il à vouloir mettre le feu à son propre bahut ?
Parce que soyons sérieux deux minutes.
Le lycéen qui va en cours le matin ne se réveille généralement pas en se disant :
« Aujourd'hui, je vais brûler mon établissement. »
Alors comment en arrive-t-on là ?
Qui l'encadre ?
Qui lui parle ?
Qui lui explique quoi faire ?
Qui lui dit contre qui il doit se battre ?
Je ne dis pas que tous les lycéens sont manipulés.
Je dis simplement que, pour avoir connu les mouvements étudiants et les mouvements lycéens, je sais qu'une mobilisation ne tombe pas toujours du ciel.
Il existe des syndicats.
Des organisations.
Des militants.
Des réseaux.
Des gens qui savent mobiliser.
Et un jeune, quand il a seize ans, qu'il veut refaire le monde, qu'il veut faire sa révolution, qu'il veut appartenir à quelque chose…
ça peut aller très vite.
Puis arrivent parfois ceux qui sont là pour autre chose.
Ceux qui savent casser.
Ceux qui savent provoquer.
Ceux qui savent mettre le feu.
Ceux qu'on appelle parfois les black blocs.
Et là, le gamin qui était venu manifester se retrouve au milieu d'un affrontement qui le dépasse.
Et après ?
Après, on filme.
On diffuse.
On commente.
On choisit son camp.
Et le spectacle continue.
 
 
Moi, j'ai déjà vécu ça.
En 2014, à Toulouse, après la mort de Rémi Fraisse au barrage de Sivens, j'ai vu des affrontements.
Il n'y avait pas des milliers de jeunes.
Ils n'étaient pas nombreux.
Et pourtant, ce que j'ai ressenti à cette époque, c'est qu'il n'y avait pratiquement aucune place pour la conciliation.
La réponse, c'était l'affrontement.
La force contre la force.
Et c'est là que commence une autre partie de l'arnaque.
Parce qu'il faut être précis.
La police n'est pas l'ennemie.
Un policier qui intervient face à un braqueur, un dealer, un forcené ou quelqu'un qui met directement la vie des autres en danger doit pouvoir utiliser la force lorsque c'est nécessaire.
C'est son travail.
Mais lorsqu'une décision est prise de nasser une foule entière en plein centre-ville, lorsque des personnes qui n'ont rien à voir avec les affrontements se retrouvent enfermées au milieu d'une opération de maintien de l'ordre, alors il faut se demander qui a décidé quoi.
Parce que le policier qui se trouve devant toi n'est pas nécessairement celui qui a pris la décision.
Lui, il reçoit un ordre.
Nasser.
Fermer.
Avancer.
Gaz­er.
Et il exécute.
Alors la question remonte.
Elle remonte au commandement.
Au préfet.
Aux services préfectoraux.
Au ministre.
Et, au sommet, au pouvoir politique.
C'est ça que j'appelle le système.
 
 
Et pendant ce temps-là, nous, qu'est-ce qu'on fait ?
On se bat entre nous.
Le jeune contre le vieux.
Le flic contre le manifestant.
La gauche contre la droite.
Le riche contre le pauvre.
Le Français contre l'immigré.
Le « fasciste » contre « l'antifasciste ».
Le « raciste » contre « l'antiraciste ».
Le « gauchiste » contre « l'extrême droite ».
Et chacun passe son temps à expliquer que l'autre est le problème.
Mais pendant qu'on se bat…
qui regarde le film ?
Et surtout :
qui écrit le scénario ?
 
 
Parce qu'il existe une chose dont on ne parle presque jamais.
Le déni.
Le déni de réalité.
Une partie de la population dit :
« Je ne me sens plus chez moi. »
Et immédiatement, on lui répond :
« Tu es raciste. »
Quelqu'un parle de racisme anti-blanc et on lui répond :
« Ça n'existe pas. »
Quelqu'un raconte ce qu'il a vécu et on lui explique que ce qu'il a vécu n'existe pas.
Moi-même, j'ai déjà entendu des propos extrêmement violents.
J'ai entendu cette idée selon laquelle la France pourrait être prise « par le ventre des femmes françaises ».
Alors oui, il faut être capable de distinguer un fait, une provocation, une opinion et une réalité.
Mais il faut surtout arrêter de faire comme si les gens étaient idiots.
Parce qu'à force de leur dire qu'ils ne voient pas ce qu'ils voient, qu'ils n'entendent pas ce qu'ils entendent, qu'ils ne vivent pas ce qu'ils vivent…
à un moment donné, quelque chose casse.
 
 
Et c'est là que L'Arnaque devient intéressante.
Parce que l'arnaque, ce n'est peut-être pas seulement ce qu'on nous raconte.
C'est peut-être le fait de nous faire croire que nous sommes obligés de choisir entre deux camps.
Comme si nous étions condamnés à nous détester.
Comme si la France devait forcément être divisée.
Comme si chaque problème devait devenir une guerre.
Comme si chaque Français devait choisir son ennemi.
Alors on fabrique des catégories.
On distribue des étiquettes.
On transforme les citoyens en supporters.
Et les supporters, eux, ne réfléchissent plus.
Ils encouragent leur équipe.
Ils sifflent l'équipe d'en face.
Ils reprennent les slogans.
Ils crient.
Ils huent.
Ils font du bruit.
Et parfois…
ils cassent.
 
 
Regardez bien.
Le scénario est toujours le même.
On crée une colère.
On lui donne un nom.
On lui donne un adversaire.
On la fait descendre dans la rue.
Puis on fait monter la violence.
Ensuite, chacun regarde les images et choisit son camp.
Et pendant que nous nous déchirons…
le système, lui, continue.
Voilà peut-être la véritable arnaque.
Nous faire croire que nous sommes ennemis alors que nous sommes simplement des Français qui ne vivent plus les mêmes réalités.
Nous faire croire que nous devons nous détester alors que nous avons probablement beaucoup plus de choses en commun que nous ne voulons bien l'admettre.
 
 
Alors moi, je ne veux pas taper sur les lycéens.
Je ne veux pas taper sur les policiers.
Je ne veux pas taper sur les Français.
Je veux comprendre.
Je veux comprendre pourquoi un gamin de seize ans se retrouve dans la rue à brûler son établissement.
Je veux comprendre pourquoi un policier se retrouve face à lui.
Je veux comprendre pourquoi un préfet donne tel ou tel ordre.
Je veux comprendre pourquoi un gouvernement laisse pourrir certaines situations.
Je veux comprendre pourquoi, depuis des décennies, nous sommes incapables de nous parler autrement que par affrontement.
Et surtout…
je veux comprendre pourquoi on accepte encore de jouer à ce jeu.
Parce que moi, je pense que la France a encore énormément de capacités.
Je pense que les Français ont encore énormément de choses à construire.
Mais pour ça, il va falloir arrêter de nous monter les uns contre les autres.
Il va falloir arrêter de nous raconter que l'autre est systématiquement le problème.
Il va falloir arrêter de nous déchirer.
Il va falloir apprendre à nous regarder.
À nous écouter.
À nous accepter.
Parce que bientôt, si on continue comme ça…
ce ne seront plus seulement les vitrines qui seront cassées.
Ce sera le lien entre les Français.
Et une fois que ce lien sera détruit…
il sera beaucoup plus difficile de reconstruire le pays.
Alors oui.
Peut-être que tout ça ressemble à un film.
Peut-être même à un film de science-fiction.
Mais le problème…
c'est que nous sommes en train de le regarder en direct.
Et le plus étrange dans cette histoire…
c'est que personne ne sait vraiment qui tient la caméra.
Peut-être que l'arnaque est là.
Peut-être que depuis le début…
on nous fait croire que nous sommes les spectateurs.
Alors que nous sommes les acteurs.
Et qu'à la fin…
c'est nous qui devrons payer la facture.
Parce qu'à la base…
la vie…
ce n'est pas une arnaque.
 
KoSmoS
 
 

ALPA DU KOSMOS

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