Depuis le temps que je patiente


Depuis le temps que je patiente

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Article N°29461

Depuis le temps que je patiente

Nous voulons changer le monde, ses excès, ses dérives.
Quand il suffirait parfois de retrouver en nous la joie qui nous fait vivre.

« Depuis le temps que je patiente », dit la chanson.
Et depuis quelque temps, je me demande si je n’ai pas passé une partie de ma vie à attendre que le monde aille mieux pour commencer, moi, à aller vraiment bien.
Nous vivons dans une époque grandiloquente, bruyante, rapide, saturée d’informations, d’images, de discours, de colères et de contradictions. Et dans cette époque-là, le Bonheur n’est pas toujours facile à nourrir.
Pourtant, le Bonheur est peut-être une chose extrêmement simple.
La fleur a besoin d’eau.
 Elle a besoin de lumière.
 Elle a besoin de terre.
 Elle a besoin de chaleur. 
Si personne ne l’arrose, elle finit par se faner. Si elle manque de lumière, elle s’affaiblit. Si la terre s'assèche elle respire moins bien.
Peut-être que nous sommes exactement pareils.
Nous avons besoin d’eau, de lumière, d'un bonnes racines, de chaleur, humaine, de liens. 
Je fais partie de ces êtres qui passent beaucoup de temps à regarder ce qui ne va pas.
Je critique la société. Je regarde le monde avec inquiétude. Je m’interroge sur la politique, sur l’état de la Terre, sur notre manière de vivre, de consommer, de produire, de nous comporter les uns avec les autres.
Et lorsque je relis certains de mes propres textes, je me rends compte d’une chose : je passe énormément de temps à décrire la maladie du monde.
Mais qui s’occupe de la fleur ?
La Terre joyeuse n’est pas nécessairement une Terre heureuse.
Nous parlons souvent de la vie comme d’une évidence : « C’est la vie. » The Life.
 Comme si cette petite phrase suffisait à tout expliquer. Comme si elle permettait de déposer nos malheurs quelque part et de repartir.
C’est la vie.
What a Life.
Mais quelle vie ?
Une partie du monde rit pendant qu’une autre souffre. Une partie possède tandis qu’une autre manque. Une partie avance dans la lumière tandis qu’une autre cherche simplement de quoi tenir debout.
Et peut-être qu’à force de considérer cela comme une fatalité, nous avons fini par ne plus vraiment le regarder.
Pourtant, je crois qu’il serait possible de faire autrement.
Si chacun d’entre nous parvenait, à son endroit, à harmoniser un peu mieux ses moments de vie, ses relations, ses émotions, ses actes et la personne qu’il est réellement, alors peut-être que quelque chose changerait.
Pas le monde entier.
Mais quelque chose.
Et peut-être que c’est ainsi que le monde change réellement : une personne après l’autre.
Et puis il y a maintenant la machine.
La machine qui pense avec nous, qui écrit, qui dessine, qui monte des films, qui analyse, qui calcule, qui organise. La machine qui prend progressivement en charge certaines tâches autrefois réalisées par l’être humain.
Cela ne me fait pas particulièrement peur.
Parce qu’une machine peut écrire sur la Terre, mais elle ne plante pas une tomate.
Elle peut parler de l’eau, mais elle ne ressent pas la fraîcheur d’une source.
Elle peut dessiner une forêt, mais elle ne marche pas pieds nus dans la terre.
Elle peut écrire un poème sur la tendresse, mais elle ne prend pas quelqu’un dans ses bras.
Et peut-être que c’est précisément là que se trouve notre avenir.
Si les machines nous libèrent de certaines tâches, alors qu’allons-nous faire de notre temps ?
Allons-nous produire encore davantage ?
Consommer davantage ?
Courir encore plus vite ?
Ou allons-nous enfin retourner vers ce qui fait de nous des êtres humains ?
Prendre soin de la Terre.
Planter.
Cultiver.
Respirer.
Aimer.
Être présents.
Les êtres sont reliés, les machines connectées. 
Regarder quelqu’un dans les yeux.
Prendre soin d’un enfant, d’un animal, d’un jardin, d’un parent, d’un ami.
Prendre soin de nous-mêmes.
Parce que nous sommes, nous aussi, faits d’eau.
Et cette eau est précieuse.
L’eau de la Terre est de plus en plus fragilisée, polluée, convoitée. Et pourtant, nous continuons à vivre comme si elle était infinie.
Quand j’étais enfant, dans les années 1980, on nous parlait de l’Éthiopie, de la famine, du manque d’eau, de populations entières qui souffraient de ne pas avoir accès à ce qui nous semblait alors si évident.
En quelques décennies, le monde a profondément changé.
Des pays que nous considérions comme pauvres se sont développés. Les équilibres ont bougé. Les frontières économiques ont changé. Le monde s’est rapproché à une vitesse vertigineuse.
Et pendant ce temps, nous, ici, en France, nous sommes souvent mécontents.
Et peut-être avons-nous des raisons de l’être.
Notre politique, notre économie, notre manière d’organiser la société produisent une forme de tension permanente. Une sorte de bruit de fond qui finit par entrer dans nos corps, dans nos conversations, dans nos familles, dans nos relations professionnelles, Amicales et Amoureuses.
Nous le ressentons.
J’ai parfois l’impression d’entendre les maux de la société avant même de savoir les nommer.
Et cela me traverse tellement que j’en fais des textes.
Des textes sur la Terre.
Sur la nature.
Sur les humains, la plus grande des Familles. 
Sur nos comportements.
Sur ce que nous sommes en train de devenir.
Mais quelque chose me vient aujourd’hui.
Peut-être que je ne suis pas ici pour porter à moi seul le poids du monde.
Peut-être que je n’ai pas besoin de ressentir toutes les colères, toutes les injustices, toutes les absurdités, toutes les névroses de notre époque.
Peut-être que mon rôle est d’abord de m’ancrer.
De revenir à moi.
De prendre soin de ma propre vie.
Parce que j’ai parfois tellement regardé le jardin du mondz que j’en oublie le mien.
Et c’est peut-être là mon véritable bug.
Pas celui de la machine.
Celui de l’être humain.
J’ai des idées, des envies, des projets, une immense envie de créer, de partager, de transmettre.
J’écris.
Je cherche.
J’envoie.
Et parfois, le message est lu.
Mais il n’y a pas de réponse.
Pas de retour.
Pas de signe.
Et c’est là que naît mon dilemme.
Est-ce que je continue à envoyer des bouteilles à la mer en attendant qu’un jour quelqu’un les ouvre ?
Ou est-ce que je commence simplement à créer parce que la création elle-même est déjà une réponse ?
Je crois que c’est peut-être cela que je suis en train de comprendre.
Je ne peux pas attendre que le monde devienne heureux pour avoir le droit de l’être.
Je ne peux pas attendre que la société soit apaisée pour trouver ma paix.
Je ne peux pas attendre que les autres reconnaissent ce que je fais pour lui donner de la valeur.
Une fleur ne demande pas au monde s’il trouve sa floraison pertinente.
Elle fleurit.
Elle prend la lumière qui lui est donnée.
Elle boit quand il pleut.
Elle pousse quand elle le peut.
Et peut-être que moi aussi, désormais, je dois simplement apprendre à faire cela.
Prendre la lumière.
Respirer.
Créer.
Aimer.
Et laisser le monde être le monde.
Parce qu’au fond, peut-être que la plus belle manière de changer le monde n’est pas toujours de le dénoncer.
C’est peut-être, simplement, de commencer par y déposer un peu plus de lumière.
 
KoSmOs
 

ALPA DU KOSMOS

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