Drogue, cul et écrans


Drogue, cul et écrans

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Article N°29369

Drogue, cul et écrans

Le vent parle aux forêts.
La rivière le sait.
Le vivant nous attend.
Écoutons son courant.
Remontons vers la source.
Avant la dernière course.

Drogue, cul et écrans
Remonter le courant
 
Notre époque nourrit les addictions.
Moi, je voudrais qu'elle nourrisse le vivant.
Je ne crois pas que notre époque manque d'intelligence.
Je crois qu'elle manque de lien.
Je ne crois pas que nous ayons perdu notre capacité à construire.
Je crois que nous avons oublié pourquoi nous construisons.
Je veux des enfants qui lèvent les yeux vers les étoiles plutôt que de les baisser sur un écran.
Je veux des anciens qui transmettent.
Je veux des éducateurs qui accompagnent.
Je veux des femmes et des hommes qui redonnent une mission à la jeunesse.
Je ne lance pas un SOS.
Je ne pousse pas un cri.
Je suis simplement un canal.
Comme une rivière.
Quelque chose coule en moi.
Cela me vient du vent dans les feuilles.
De la lumière qui traverse les arbres.
Du chant des oiseaux.
De l'air rempli de prana.
Je suis Amoureux du vivant. 
Je suis Amoureux de l'oiseau. 
Je suis guide de rivière.
En rivière, tout le monde sait descendre le courant.
Mais remonter une rivière est un autre apprentissage.
Henri Estanguet m'a appris cela.
Pour remonter une rivière, on ne se bat pas contre l'eau.
On apprend à lire les contre-courants.
On avance autrement.
Aujourd'hui, je crois que notre société doit apprendre la même chose.
Remonter le courant n'est pas revenir en arrière.
C'est retrouver la source.
Le yoga signifie unir.
Atteler.
Joindre.
Relier.
Toute ma vie, j'ai cherché ce lien.
J'ai voyagé.
J'ai vu l'Himalaya.
J'ai entendu les yogis de Bénarès répéter :
« Yog... Yog... Yog... »
J'ai rencontré des marins.
Des paysans.
Des guides.
Des anciens.
Des tribus.
Tous m'ont appris une chose.
Le vivant sait vivre.
Quand l'être humain cesse de vouloir tout contrôler, la vie retrouve son intelligence.
Puis je suis allé dans les cités.
Pas pour juger.
Pas pour dénoncer.
Pour comprendre.
J'ai grandi près de quartiers populaires.
J'y suis revenu des années plus tard.
Je suis même entré dans certains quartiers où l'on m'a fouillé avant de me laisser passer.
J'étais en rollers.
Les jeunes me prenaient pour un policier.
Puis ils ont compris que j'étais simplement venu leur parler.
Autour de nous, les clients faisaient la queue.
Des dizaines de personnes.
Les billets passaient de main en main.
Le trafic tournait comme une horloge.
Alors je leur ai parlé d'autre chose.
Je leur ai dit :
« Imaginez que toute cette énergie serve à faire vivre votre quartier. »
Ils ont éclaté de rire.
Et je les comprends.
Quand toute ta vie est entourée de béton, imaginer des jardins paraît presque impossible.
Pourtant, moi, je continue d'y croire.
Parce que je n'ai pas vu seulement des trafiquants.
J'ai vu des pépites.
J'ai vu des sportifs.
Des boxeurs.
Des artistes.
Des jeunes capables de déplacer des montagnes si quelqu'un leur donnait une mission plus grande que l'argent.
Le problème n'est pas qu'ils manquent de valeur.
Le problème est que notre société mesure trop souvent la valeur d'un être humain à l'argent qu'il rapporte.
Je suis né dans les années soixante-dix.
Quand j'étais enfant, les éducateurs étaient présents.
Ils connaissaient les familles.
Ils connaissaient les prénoms.
Ils faisaient le lien.
Je me souviens aussi d'une France où, malgré les difficultés, beaucoup cherchaient encore à construire des ponts entre les personnes.
Aujourd'hui, j'ai le sentiment que ce lien s'est fragilisé.
Pourtant, la France est une terre où vivent des femmes et des hommes venus de très nombreux horizons.
Je ne cherche pas à opposer les origines.
Je cherche à recréer une direction commune.
Car avant d'appartenir à une culture, une religion ou une nation, nous appartenons d'abord au vivant.
Chez moi, le Kosmos s'écrit avec un K.
Parce que le Kosmos est ce qui relie.
Les arbres ne connaissent pas les frontières.
Les oiseaux ne demandent pas de passeport.
Le vent traverse tous les pays.
Pourquoi l'être humain aurait-il oublié qu'il fait partie du même souffle ?
Je ne crois plus que tout viendra de la politique.
Quand la société se coupe en camps qui ne s'écoutent plus, chacun finit par défendre son drapeau au lieu de défendre le bien commun.
C'est pour cela que je parle de pôles éthiques.
Pas d'un nouveau parti.
Pas d'une nouvelle idéologie.
Mais de lieux où chacun reprend sa part de responsabilité.
Des lieux où l'on transmet.
Où l'on apprend.
Où l'on soigne.
Où l'on cultive.
Où l'on crée du lien.
Tu ne choisis pas où tu nais.
Tu peux naître dans une grande maison au milieu des arbres.
Tu peux naître dans une tour entourée de béton.
Tu peux naître avec beaucoup d'argent.
Ou sans rien.
Mais une société digne de ce nom devrait permettre à chacun de trouver un chemin.
Voilà pourquoi je refuse de renoncer.
Je pense à Pierre Rabhi.
Je pense aux herboristes de mon enfance.
Je pense aux paysans qui prennent soin des sols.
Je pense à tous ces femmes et ces hommes qui transmettent sans faire de bruit.
Je les appelle parfois les danseurs d'alerte.
Parce qu'ils ne se contentent pas de prévenir.
Ils montrent déjà un autre chemin.
Alors je repense à Juvénal.
Il écrivait :
« Du pain et des jeux. »
Deux mille ans plus tard...
Les jeux ont changé.
Aujourd'hui...
De la drogue.
Du cul.
Des écrans.
Et je te laisse avec une seule question.
Que nourris-tu chaque jour ?
Le vivant...
Ou ce qui l'épuise ?
Allons-nous continuer à descendre le courant...
...ou choisir enfin de le remonter, ensemble ?
 
 
KoSmOs 😃 

ALPA DU KOSMOS

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