Le cri du vivant


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Article N°29362

Le cri du vivant

La terre brûle, le vivant crie.
Il est temps d'entendre.
 

Le cri du vivant
 
CHAPITRE I : Sous prétexte de performance – Le burn-out du vivant
 
Sous prétexte de performance, deux cents ans viennent de passer.
Et ces cinquante dernières années, l'être humain que nous sommes a oublié d'où il vient.
 
Nous faisons partie de ce que nous appelons la biodiversité. Dans ce mot, il y a « bio » et « diversité ». Bio, c'est le biologique, c'est le naturel. C'est ce qui vient de la Terre, de l'humus, de nos racines.
 
Et nous, êtres humains, durant ce dernier siècle, nous avons abusé. Nous avons abusé de cette biodiversité, tant et si bien qu'en très peu de temps, nous avons consumé ce que le vivant avait mis des millénaires à construire.
 
Nous sommes en train de brûler la nature.
Nous sommes en train de brûler l'humain.
Nous vivons un burn-out planétaire.
Un burn-out humain.
Un burn-out du vivant.
 
Nous voilà à une époque où, au nom de la performance, nous allons devoir faire appel aux pompiers pyromanes et aux chirurgiens de la dernière heure.
Car c'est souvent dans les moments les plus critiques que l'être humain devient capable de se dépasser.
 
Faudra-t-il attendre une guerre ?
Un effondrement ?
Une catastrophe d'une ampleur inimaginable ?
Faudra-t-il attendre que tout vacille pour que l'être humain retrouve enfin sa nature première ?
 
Cette nature qui est aussi la biodiversité.
Les insectes.
Les petites bêtes.
Les lichens.
Les mousses.
Tout ce vivant discret que nous ne regardons presque plus et qui, pourtant, rend notre existence possible.
 
Pendant ce temps, nous nous étalons.
Nous pompons.
Nous scions.
Nous aspirons le sable pour fabriquer nos vitres.
Nous extrayons le pétrole pour fabriquer nos voitures, nos plastiques et nos textiles.
Nous arrosons les terres d'une chimie qui les épuise.
Nous pratiquons la monoculture.
 
Jamais nous n'avons autant produit.
Et pourtant, nous gaspillons comme jamais.
Nous brûlons nos ressources en croyant gagner du temps.
Mais ce temps gagné est peut-être celui que nous retirons aux générations qui viendront après nous.
 
Alors une question se pose :
Quel monde laisserons-nous à nos enfants ?
Quel monde laisserons-nous à leurs enfants ?
 
Beaucoup de celles et ceux qui sont nés dans les années 60 ou 70 se souviennent encore d'une nature qui semblait aller de soi.
Des champs à perte de vue.
Des arbres.
Des haies.
Des oiseaux.
Des insectes qui se ruaient dans les phares jaunes lorsque la nuit tombait.
Des routes nationales bordées d'arbres, avant que le béton ne recouvre peu à peu les paysages.
 
Cette nature-là faisait partie de notre quotidien.
Aujourd'hui, elle devient peu à peu un souvenir.
 
 
CHAPITRE II : Le paquebot France – Le monde qui change
 
Ceux qui sont nés dans les années 60 ou 70 se souviennent encore de cette nature.
Des champs à perte de vue.
Des arbres.
Des haies.
Des oiseaux dont le chant accompagnait les saisons.
Des insectes qui se ruaient dans les phares jaunes des voitures lorsque la nuit tombait.
Des routes nationales sans ronds-points à répétition, bordées d’arbres, traversant des paysages encore ouverts.
 
Aujourd'hui, les supermarchés ont remplacé les champs. Les zones commerciales ont grignoté les terres agricoles. Les aéroports, les échangeurs, les lotissements ont pris la place de forêts ou d'espaces naturels.
 
Les métropoles s'étendent sans cesse.
Elles s'étalent.
Elles s'étalent encore.
Comme si rien ne pouvait les arrêter.
 
Nous vivons à l'ère du numérique, des écrans et des vidéos.
Nous avons l'impression de tout voir, de tout savoir, de tout comprendre.
Mais ce qui nous échappe, peut-être, est l'essentiel.
Le calme dans la tempête.
Le vent dans les arbres.
La pluie qui tombe sans demander la permission.
La feuille qui se détache.
Le chant des oiseaux au lever du jour.
 
Autrefois, nous savions que si les éléments se déchaînaient, nous ne pouvions rien contre eux.
Aujourd'hui, le rapport s'est inversé.
C'est nous qui emportons les éléments.
Nous arrachons.
Nous transformons.
Nous épuisons.
Nous brûlons.
 
Et pendant que nous débattons de République, de religion, de frontières, de dirigeants ou d'idéologies, quelque chose d'essentiel nous échappe.
Nous sommes l'humanité sur une seule Terre.
 
En France, nous vivons dans un véritable kaléidoscope humain. Des femmes et des hommes venus d'horizons différents partagent aujourd'hui le même territoire.
Nous sommes embarqués sur le même paquebot.
Et pendant que nous discutons pour savoir qui a raison, quel Dieu est le plus fort, quel dirigeant est le meilleur, les autoroutes se remplissent comme jamais.
 
L'été arrive.
Il fait plus de trente degrés.
Les voitures circulent dans tous les sens.
Toujours plus.
Toujours plus vite.
Toujours plus loin.
 
Et je parle ici de la France parce que je suis français.
Mais cette question dépasse largement nos frontières.
Avant d'être Français, Italiens, Africains, Asiatiques, croyants ou non croyants, nous sommes d'abord des êtres humains vivant sur une même planète.
 
 
CHAPITRE III : La biodiversité et ce que nous prélevons
 
Aujourd'hui, la question se pose véritablement pour les générations futures.
 
Car beaucoup de ceux qui ont connu cette époque se rendent compte que les années 60, 70, 80 furent sans doute parmi les dernières où la nature était encore pleinement visible.
Une nature simple.
Présente.
Évidente.
Qui allait de soi.
 
Aujourd'hui, nous ne la voyons plus de la même manière.
Nous sommes en train de la perdre sans toujours nous en rendre compte.
Et pourtant, nous faisons partie de cette biodiversité.
Nous ne sommes pas en dehors.
Nous sommes dedans.
Nous sommes liés aux insectes, aux oiseaux, aux arbres, aux sols, à l'eau, à l'air.
 
Mais nous avons pris une autre direction.
Nous avons commencé à tout extraire.
Nous aspirons le sable pour faire du verre.
Nous extrayons le pétrole pour faire des voitures, des plastiques, des textiles.
Nous transformons la terre en production intensive.
Nous arrosons les sols de chimie.
Nous faisons de la monoculture.
 
Nous avons gagné en quantité.
Mais avons-nous gagné en équilibre ?
 
Nous produisons énormément.
Et pourtant, une grande partie est gaspillée, perdue, jetée, détruite.
Nous n'avons jamais autant produit.
Et pourtant, nous n'avons jamais autant abîmé ce qui nous permet de produire.
 
Nous sommes capables de prouesses techniques extraordinaires.
Mais nous restons loin de ce que nous pourrions faire de juste, de sobre, de durable.
 
 
CHAPITRE IV : Ralentir – sortir du culte de la performance
 
Alors, n'est-il pas temps de se poser la question ?
N'est-il pas temps de ralentir ?
 
De sortir de cette logique de performance permanente.
De ce mouvement qui nous pousse à aller toujours plus vite.
Toujours plus loin.
Toujours plus.
 
Nous courons.
Nous courons dans nos vies.
Dans nos voitures.
Dans nos agendas.
Dans nos pensées.
 
Et pendant ce temps, nous perdons le lien avec ce qui est simple.
Nous passons d'écran en écran.
D'autoroute en autoroute.
De stress en stress.
Et nous finissons par oublier ce qui nous nourrit vraiment.
 
Le vent.
La terre.
Le silence.
Le vivant.
 
Nous avons appris à contrôler la température.
Chauffage quand il fait froid.
Climatisation quand il fait chaud.
Nous avons voulu maîtriser chaque sensation.
Mais à force de tout maîtriser, nous avons peut-être perdu une forme de résistance naturelle.
Une forme d'adaptation.
Une forme de lien avec le réel.
 
Nous sommes devenus plus confortables.
Mais peut-être aussi plus fragiles.
 
Alors n'est-il pas temps de se repenser ?
De se revitaliser ?
De retrouver un rapport simple au monde ?
De remettre les mains dans la terre ?
De sentir le sable ?
D'écouter un arbre ?
 
 
CHAPITRE V : Planter – retrouver le vivant
 
N'est-il pas temps, enfin, de planter ?
De planter encore.
De planter toujours.
 
N'est-il pas temps de rendre à la Terre ce que nous lui avons pris ?
D'arracher, là où c'est possible, le goudron et le béton que nous avons posé partout.
Pour redonner au sol sa respiration.
À la biodiversité sa place.
À la vie son espace.
 
Nous faisons partie de cette biodiversité.
Nous ne sommes pas au-dessus.
Nous ne sommes pas en dehors.
Nous sommes dedans.
 
Alors il est peut-être temps de revenir à l'essentiel.
La terre.
L'eau.
L'air.
Le feu.
Et peut-être ce que certains appellent l'éther.
Ce souffle invisible qui relie tout ce qui vit.
 
Nous avons vu les abeilles disparaître.
Et le monde est encore debout.
Mais pour combien de temps ?
 
Alors la question se pose pour les enfants de demain.
Pour les générations futures.
N'est-il pas venu le moment de préserver ce qui peut encore l'être ?
De ralentir ?
De protéger ?
De transmettre ?
 
Nous avons passé trop de temps dans les écrans.
Dans les machines.
Dans les vitesses.
Dans les flux.
Et peut-être avons-nous oublié quelque chose de simple.
 
Le contact avec le vivant.
Le réel.
La terre sous les pieds.
Le ciel au-dessus de la tête.
 
 
CHAPITRE VI : Le cri du jour – revenir au vivant
 
Voilà.
C'était le cri du jour.
 
Parce que véritablement, nous en avons besoin.
Et sans amertume.
Sans jugement.
Sans être dans la peur.
Simplement avec lucidité.
 
Si certaines voix ne s'élevaient pas, certains textes ne naîtraient peut-être pas.
Il nous reste encore l'écriture.
Elle nous accompagne depuis les grottes.
Depuis les parois anciennes.
Depuis les premiers gestes de l'homme qui cherche à dire ce qu'il vit.
 
Nous avons ça en nous.
Une mémoire ancienne.
Une mémoire du vivant.
De la nature.
Des rivières.
Des forêts.
Du vent.
Des oiseaux.
Des abeilles.
 
Tout cela fait partie de nous.
Nous avons peut-être oublié, mais ce n'est pas disparu.
 
Alors ce texte n'est pas une leçon.
C'est une invitation.
Une invitation à regarder nos excès.
Notre vitesse.
Notre productivité.
Notre course permanente.
 
Mais la lumière sait-elle à quelle vitesse elle voyage ?
Le vent sait-il qu'il souffle ?
La feuille sait-elle qu'elle tombe ?
Et nous ?
Savons-nous encore simplement être ?
 
Alors peut-être qu'il faut parfois faire le vide.
S'éloigner.
Sortir.
Marcher.
Poser les mains sur la terre.
Regarder un arbre.
Écouter une rivière.
Respirer.
 
Nous nous sommes peut-être éloignés de l'essentiel.
Alors faut-il pleurer ?
Ou faut-il agir ?
La réponse appartient à chacun.
 
En attendant, il reste encore des forêts.
Il reste encore des arbres.
Il reste encore des oiseaux.
Il reste encore des abeilles.
Et il reste encore des enfants qui s'émerveillent devant une fleur.
 
Tant qu'il restera du vivant, il restera une possibilité.
Une espérance.
Et peut-être simplement ceci :
Nous pensions devoir sauver la nature.
Mais c'est elle qui nous maintient en vie depuis toujours.
 

KoSmOs 

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